International Kikadi Federation | LA TRIBUNE DES SPORTS MINEURS : ÉPISODE IX
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LA TRIBUNE DES SPORTS MINEURS : ÉPISODE IX

La tribune des sports mineurs est de retour dans Kikadi Hebdo. Cette fois, passez votre chemin les flans Mireille (coucou Moscato KiKaDi), on a affaire à un sport de brutasse. Donc après La Course des Cyclistes Messagers, le Kabaddi, le FistBall, le Kin-Ball, l’Eukonkanto, le ChessBoxing, le Shin-Kicking et le Korfball, place au Roller Derby !

 

 

Amis de la poésie, même si on vous bade à vous en temps normal, vous risquez d’être déçus par l’article qui va suivre. Pour faire court, comme on dit pour les français à Roland-Garros, l’idée de mettre en valeur ce sport mineur nous a été soufflée par notre Gestionnaire de litiges préféré, aka @MTFuryIKF (#LaBagarre, #LesChatons).

Et pour votre serviteur, ce sport mineur fait office de madeleine de Proust et le renvoie à ses chères et très anciennes années collège. Quelques explications …

Séquence nostalgie

Nous sommes en 1990. Entre les terrains de cross pour fourmis et le perfectionnement dans l’art du coup de poignard, le jeune Jean-Louis (le véritable nom a été remplacé pour ne pas embarrasser la famille du rédacteur, NDLR) se passionne pour l’informatique personnelle qui en est à ses balbutiements. A l’époque, pour maîtriser les arcanes du MS-DOS et ses config.sys et autoexec.bat, les meilleurs outils restent les jeux vidéos et la configuration de la mémoire par fichier texte.

Vous allez me dire : « Mais de quoi qu’il nous cause ? On veut du Roller Derby nous !!! ». Ne paniquez pas, c’est peut-être encore un peu flou mais vous allez faire le lien assez vite. Bref, parmi ces jeux vidéos, il y en a un qui ressort du lot pour le petit Jean-Louis. Il s’agit de Speedball 2, des fameux Bitmap Brothers (les EA Games de l’époque). Un bon vieux jeu bien bourrin dérivé du Roller Derby, où il y a une balle et des buts, et avec des noms d’équipes évocateurs comme Lethal Formula, Brutal Deluxe, ou encore Explosive Lords. Mais comme je vois qu’on commence à en perdre certains, regardez la petite vidéo qui suit si vous voulez en savoir plus, et revenons à nos chatons.

Balance ton sport

Une fois n’est pas coutume, et n’en déplaise à Bernard Lacombe, nous mettons en avant un sport mineur majoritairement pratiqué et popularisé par des femmes. En effet, le roller derby contemporain est un sport international avec des ligues partout dans le monde, et à prédominance féminine. Depuis le début des années 2000, certaines ligues de roller derby américaines sont fortement influencées par le « DIY », mêlé d’une mouvance punk / troisième vague féministe, principalement en réaction au conservatisme et au puritanisme qui voudraient que la femme ne soit au monde sportif qu’un faire-valoir masculin. Maryse, si tu nous lis, sache qu’on t’embrasse à toi ! L’imagerie des joueuses, spécialement, est fortement influencée par les modes rockabilly (pas celle des Forbans, hein !), punk et pin-up, et par le monde des films d’horreur.

– Salut, on est les Breslau Rebels de Vratislavie (Pologne), et on a un message à faire passer aux hommes !
– Bonjour les hommes …

Breaking the rules

Une partie de roller derby dure 60 minutes avec deux équipes de quinze joueuses s’affrontant au cours de manches (les « jams« ) de deux minutes. Cinq joueuses de chaque équipe sont présentes sur le terrain (appelé « track ») en même temps, chaque équipe attribuant les rôles suivants :

Une « jammeuse » : son rôle est d’inscrire des points en dépassant des joueuses adverses. C’est la seule pouvant marquer dans une partie de Roller Derby. Elle est identifiable grâce à un couvre casque avec 2 étoiles.

Quatre « bloqueuses » : leur rôle est d’empêcher la jammeuse adverse de passer le pack, et aider la jammeuse de son équipe à passer ce même pack. Elles ont également la responsabilité de maintenir un pack conforme aux règles. Parmi les 4 bloqueuses, il peut y avoir 1 « pivot » : c’est une bloqueuse qui peut devenir une jammeuse en récupérant le couvre-casque à étoile en cours de partie. Le pivot est identifiable par un couvre casque avec une bande.

Une « fileteuse » : à mi-chemin entre la jammeuse et la bloqueuse, elle est chargée (à l’inverse de Denis) d’ouvrir la voie à la jammeuse. A ceci près qu’elle ne peut pas marquer de point, elle doit avoir les mêmes compétences de « Jojo la faufile ». La fileteuse est identifiable par un couvre casque avec deux roues.

Chaque joueuse peut occuper le poste de bloqueuse, fileteuse, pivot ou jammeuse au cours d’un jam. Une joueuse peut changer de poste d’un jam à l’autre alors qu’en cours de jam, seules la jammeuse et la pivot peuvent échanger leur poste.

Toutes les joueuses d’une équipe doivent porter un uniforme propre à l’équipe, uniforme sur lequel le numéro de la joueuse doit être indiqué de manière claire et visible à la fois dans son dos et sur ses bras afin d’être visible par l’ensemble du corps arbitral. Les joueuses doivent porter des rollers quads (4 roues, de quoi faire saliver Éric Di Meco …), ainsi que des protections avec au minimum : protège-poignets, protège-coudes, protège-genoux, protège-dents et casque.

Un match est décomposé en deux périodes de 30 minutes avec une pause de 15 minutes entre les deux périodes. Les points sont inscrits par les jammeuses, qui se déplacent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (sens du jeu). Elles essayent de passer le pack autant de fois que possible. Après avoir passé le pack une première fois, les jammeuses pourront marquer un point à chaque fois qu’elles passeront en toute légalité une bloqueuse adverse. On vous l’accorde, c’est pas la manière la plus simple de marquer, mais c’est la vie qu’elles ont choisi et on les respecte pour ça. Pour entraver la jammeuse de l’équipe adverse, les joueuses peuvent la bloquer à l’aide des parties du corps au-dessus de la mi-cuisse, à l’exclusion des avant-bras, des mains et de la tête. Les coudes ne peuvent pas être utilisés dans le blocage, ne peuvent pas être balancés à l’attention d’autres joueuses ou utilisés pour accrocher une adversaire ou un bras équipier. On n’est pas dans Kickboxer les types, arrêtez de vous prendre pour Tong-Po …

Le roller derby s’articule autour de la notion d’un pack. Mais ici, point d’allusion à la bière ou au rugby (voir les deux), il s’agit du regroupement du plus grand nombre de bloqueuses à proximité. Les jammeuses et les fileteuses sont exclues du décompte mais les pivots sont prises en compte. Une joueuse fait partie du pack si elle se situe à moins de 10 pieds (3,05 m) de celui-ci et se tient debout sur ses patins. Et c’est important 10 pieds, hein Isa ? Si aucun pack ne peut être défini en raison d’un même nombre de bloqueuses mais espacées de plus de 10 pieds, un arbitre prévient l’ensemble des joueuses qu’il n’y a pas de pack défini (en prononçant la formule magique « C’est un Ruck ! » … euh non, pardon, « No Pack ! »). Les joueuses doivent alors immédiatement reformer le pack en se rapprochant les unes des autres, et c’est toujours appréciables les rapprochements, sous peine d’être pénalisées. Une bloqueuse peut engager une action contre une joueuse adverse si elle se trouve à au plus 20 pieds (6,1 m) devant ou derrière le pack. Une bloqueuse à terre ou séparée du pack de plus de 20 pieds est déclarée hors jeu et doit revenir dans le jeu avant d’entamer ou continuer une action de jeu sous peine d’être pénalisée.

Plusieurs arbitres sont nécessaires autour du track afin de signaler les pénalités aux joueuses, compter les points, chronométrer les différents temps de jeu … Une partie de roller derby nécessite au moins trois arbitres à patins, plus quatre officiels sans patins. En revanche, aucune assistance vidéo. J’aimerais bien savoir ce que vous en pensez quand même, parce que la vidéo dans le sport, bon c’est pas infaillible, on perd la spontanéité, mais d’un autre côté ça réduit le nombre d’erreurs, ça ne concerne que des cas précis …

Écris l’histoi-aaaaaare, dans ma mémoi-aaaaaare… (@A_GregLemarchalhttps://association-gregorylemarchal.org/)

En 2000, dans la ville d’Austin au Texas, Daniel Policarpo recrute des femmes pour patiner lors d’un spectacle sur patins qui ressemble à des numéros de cirque inspiré par la culture rockabilly. À la suite d’un différend sur la façon dont un tel spectacle devait être exécuté, Policarpo est forcé de quitter la ville, laissant les femmes qu’il a recruté derrière lui. Ces dernières créent une association, Bad Girl Good Woman Productions (BGGWP), abandonnant le côté kitsch habituel du sport pour s’inspirer du modèle du « Do It Yourself ». Deux mouvances différentes du Roller Derby se mettent alors en place : une version sur piste inclinée et l’autre sur piste plate. Le premier match de la version récente du sport a lieu en août 2002 et est organisée par BGGWP dans le Playland Skate Center d’Austin, entre les Holly Rollers et les Hellcats.

En 2004, le Roller Derby trouve sa place sur internet et notamment sur les forums informatiques. Ainsi, le forum United Leagues Coalition voit le jour afin de permettre aux équipes d’arranger des matchs entre elles. Un an plus tard, le premier rassemblement de ligues de l’ensemble des États-Unis a lieu avec 20 associations représentées. Elles décident alors de former une association nationale afin de se fixer des buts communs ainsi qu’un règlement unique : la Women’s Flat Track Derby Association.

Depuis lors, le Roller Derby a traversé les océans pour l’Europe, l’Amérique du Sud, l’Australie et l’Asie, avec plusieurs ligues confirmées ou en développement au Royaume-Uni dès 2006, en France en 2009, au Brésil, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour, en Finlande, en Allemagne, en Espagne, en Autriche, en Argentine, aux Pays-Bas, en Malaisie, en Indonésie, en Colombie, en Belgique, en Suisse, au Chili, au Portugal, en Irlande, en Scandinavie, et en Italie.

En décembre 2010, la Fédération internationale de roller sports, une filiale du Comité International Olympique, reconnait le Roller Derby comme un sport légitime. L’organe directeur olympique pour les sports à roulettes aux États-Unis, USA Roller Sports (USARS), donne une reconnaissance au roller derby l’année suivante et plusieurs autres instances en Suède, au Canada, au Royaume-Uni et en Australie ont jusqu’ici emboîté le pas avec la reconnaissance officielle. En 2017, le Roller Derby fait partie intégrante de la première édition des World Roller Games.


Mouais … C’est pas mal finalement ce sport !

Voilà, vous êtes maintenant incollables sur le Roller Derby. Restez à l’affût des prochains Kikadi Hebdo, pour être certains de ne pas manquer la découverte d’autres sports mineurs passionnants !

NB : Si vous en êtes arrivés jusque là, et que vous pensez toujours que le poste de « fileteuse » existe vraiment en Roller Derby, et bien c’est que vous vous êtes fait troller par l’auteur de cet article ! (et en même temps vous ne savez pas compter, parce que 6 joueuses dans une équipe de 5, ça fait difficilement la rue Michel …). Un spécial « Big-Up » à ceux qui retourneront au début de l’article pour vérifier 😉

Vincent Babax & Antoine La Reyne pour Extérieurs Sports (mineurs)